Le campement
Concept


Conçu par Thom Sokoloski
Une création de Studio SM (Thom Sokoloski et Jenny McCowan)

The Encampment propose d'utiliser le campement archéologique comme métaphore. La fouille pour trouver des objets façonnés est remplacée par une recherche dans la mémoire collective d'un espace public. Le public est invité à devenir un ensemble de collaborateurs créatifs et, à la manière des archéologues, à plonger dans de multiples aspects du lieu choisi : les gens, l'histoire et les anecdotes.

En collaboration avec Studio SM, les collaborateurs créatifs conçoivent et créent des installations pour chacune des tentes, en se fondant sur leur recherche. The Encampment (le campement) est une oeuvre de grande envergure à caractère expérimental et visuel et basée sur la participation.
 
Elle présente aussi un aperçu fragile mais puissant de la façon dont une collectivité comprend son histoire. Chaque tente est une installation intime, une contemplation visuelle conjuguant un témoignage individuel et le contexte historique où a vécu la personne en question.

Le campement se distingue de la plupart des pratiques d'art conceptuel et relationnel par notre insistance sur la primauté de l'impact visuel et esthétique de l'oeuvre. Malgré sa pertinence historique et sociale, son aspect interactif et authentiquement public axé sur la participation, nous créons aussi un paysage baignant dans un agencement optique mené sur une grande échelle et donnant lieu à de multiples perceptions. De loin, l'ensemble des tentes, à la forme sculpturale lumineuse, évoque les réseaux modernes, mais de près, le contenu de chacune invite le public à une découverte intime.

The Encampment ouvre une fenêtre sur le vécu profond des personnes qui, par le passé, ont marqué l'évolution de notre tissu social. Ces expositions narratives, souvent dramatiques, suscitent des discussions souvent teintées de honte, de position tranchée et de célébration, à mesure que chaque collaborateur créatif commence à démêler l'écheveau et à comprendre pour quelles raisons et comment une collectivité a traité des particuliers à une époque d'intolérance et d'exclusion, et comment ces derniers ont réagi à leur tour pour préparer un avenir propice à la tolérance et à l'inclusion. Les participants s'engagent dans une démarche où leur recherche, certaines anecdotes et des documents se conjuguent et se révèlent de concert.

Dans cette optique, ils contribuent à un processus créatif lié aux installations, pour conférer une interprétation poétique de l'histoire, puis concevoir et bâtir une expression visuelle propice à l'émerveillement et à la perception immédiate plutôt qu'au jugement et à la critique. À mesure que l'acteur se livre à une profonde introspection pour révéler les traces et les symboles illustrant des points communs et des différences par rapport à son personnage et au texte dramatique, le collaborateur est invité à plonger dans l'histoire d'une autre personne pour en faire autant. Il en résulte de l'inspiration et de l'empathie, facteurs nécessaires à une interprétation visuelle authentique de l'absence de cette personne grâce à un autre moyen d'expression. L'extériorisation passe, pour l'acteur, par la présence physique, et pour le collaborateur créatif, par la construction physique. Chaque tente prend l'aspect d'un petit diorama théâtral dans lequel le public peut pénétrer et vivre une expérience viscérale de l'absence et de la présence. Cette mémoire collective se concrétise dans un village temporel et des fouilles symboliques où l'interaction humaine et les échanges créatifs facilitent la découverte des secrets perdus ou cachés afin d'exprimer par une oeuvre au présent le passé sociologique et narratif de cette collectivité.

Chaque version nous fait affiner davantage le concept d'« ambiance culturelle » en intégrant la musique au comportement social (jeux, passe-temps, danse, etc.), mais cette forme d'art ne peut s'exprimer que si l'on étudie les narrations et si les participants consentent à cet aspect de l'oeuvre. À New York, nous avons collaboré avec le compositeur et musicologue John McDowell. Les participants au spectacle étaient mis en valeur; par exemple, trois trompettistes jouaient par intermittence un dialogue en jazz dans toute l'oeuvre The Encampment, inspirés par le légendaire trompettiste de jazz James "Bubber" Miley, qui a joué sur l'île durant sa quarantaine jusqu'à son décès par tuberculose à l'âge de 29 ans. À cause de l'effet de sa musique sur les malades en phase terminale, les établissements de l'époque ont pris conscience du pouvoir de l'art.

The Encampment est un grand complexe d'installations artistiques axé sur la participation, un « gesamtkunstwerk » contemporain qui crée un milieu global combinant l'art, l'architecture, la performance et la participation du public, et qui le plus souvent prend l'allure d'une catharsis contemporaine et des accents de purification, d'expiation et de renouveau.

Bien que d'un concept simple, cet aménagement de tentes sur un paysage approprié, où chacune renferme une construction visuelle, présente une complexité logistique manifestée, non seulement par les besoins de production réels associés au lieu, au matériel, au personnel, aux communications, etc., mais aussi par la nécessité de faire en sorte que la prestation de tous les participants publics et artistes soit appréciée et s'intègre à l'ensemble de la collectivité grâce à un rayonnement populaire. Nous nous sommes aperçus qu'à tous les endroits où l'exposition The Encampment a été présentée, les anecdotes découvertes par les collaborateurs créatifs et dont ils ont discuté suscitent une impulsion et un dialogue prolongé qui invitent et motivent l'ensemble de la collectivité à y participer à son tour.
PARTICIPATION PUBLIQUE


La philosophie inhérente au processus de participation publique à Le campement est centrée sur l'expression de la créativité inhérente à chaque être humain et sur la croyance en l'existence de cette capacité en chacun de nous. Notre invitation et nos ateliers se fondent sur ces principes et c'est grâce à une collaboration verbale et à l'inspiration suscitée par ces anecdotes et par l'histoire du placement en établissement, de l'internement et de l'aliénation que le contenu des tentes prendra vie.

Notre travail consiste à réévaluer notre conception de la créativité, non seulement en tant qu'artistes, mais aussi à titre de personnes ayant des amis et des familles conscients de la nécessité d'amorcer, de promouvoir et d'assurer une collaboration plus créative dans la vie quotidienne et collective de tous les peuples.

Pour encourager la diversité dans la participation, notre processus d'invitation est populaire, ouvert et inclusif. Un élément de rayonnement est aussi inclus pour susciter les trois volets de participation nécessaires à notre esthétique : les personnes expérimentées à l'égard des thèmes choisis (internement, quarantaine ou ségrégation), les artistes et étudiants en art, et finalement l'ensemble du public. Il n'y a aucune condition préalable à la participation, et l'acceptation se fonde uniquement sur le désir de contribuer à la création et à la réalisation d'une grande oeuvre d'art public.

Dans notre processus, nous appliquons les valeurs d'égalité, de diversité et d'autodétermination. Dans notre studio vivant, nous planifions et facilitons un milieu de travail positif et coopératif en vue de maintenir le désir, le courage et la motivation nécessaires pour explorer et créer. De la campagne de participation publique aux ateliers d'installations créatives, chaque poste de notre oeuvre est nécessaire et tout aussi précieux pour la production et la réalisation harmonieuses de The Encampment. Dans l'ensemble, cette vision empreinte de collaboration donne lieu à une expression collective et conjointe de l'esprit de l'humanité grâce à un panorama de similitudes et de différences.